jeudi 26 novembre 2009

Biodiversité

On n'est pas n'importe qui
Quand tu rencontres un arbre dans la rue,
dis-lui bonjour sans attendre qu'il te salue. C'est
distrait, les arbres.
Si c'est un vieux, dis-lui « Monsieur». De toute
façon, appelle-le par son nom: Chêne, Bouleau,
Sapin, Tilleul... Il y sera sensible.
Au besoin aide-le à traverser. Les arbres, ça
n'est pas encore habitué à toutes ces autos.
Même chose avec les fleurs, les oiseaux, les
poissons: appelle-les par leur nom de famille.
On n'est pas n'importe qui ! Si tu veux être tout
à fait gentil, dis « Madame la Rose» à l'églantine;
on oublie un peu trop qu'elle y a droit.
Jean Rousselot
Petits Poèmes pour coeurs pas cuits

Feuilles rousses, feuilles folles, l’automne a fait mourir l’été, après les pelles à nuages et les pelle-mails à lettres mortes, quelques feuilles, illustres ou méconnues, immortalisées par l'objectif de Christoph Niemann.
Intratuisible ou presque...

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Saule - Oreiller
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Laurel = laurier
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Alder = aulne
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vendredi 24 juillet 2009

L'Encyclopédie Démocratique

Connue aussi sous le nom de “Jeu du Dictionnaire”, elle a pour but de lutter contre la tyrannie de l’Académie Française et l'hégémonie des linguistes officiels en choisissant démocratiquement de nouvelles définitions pour certains mots de notre langue.
Pour jouer c’est simple, il s'agit en tout premier lieu de définir un mot courant, un mot existant de la langue française -chaque mois il en est proposé un nouveau-, et de soumettre cette définition par e-mail (l'adresse est donnée sur le site).
La tendance générale est bien évidement à l’humour, il n'est pas question de donner la définition classique.
Et puis ce qui est bien c'est qu'on nous propose de voter, pour le mot précédent et pour celui qui précède le mot précédent... C'est comme pour Wiki, chacun participe, mais le vote c'est quand même encore plus démocratique.
Pour participer c'est ici (oui, oui, il faut cliquer), ce mois ci il s'agit de "trouver" la définition de " Patin-Couffin ".
Tout aussi décoiffant que Des Papous dans la tête.

On y découvre des mots joyeusement revisités tels que :

Jarnicoton : n.m. Mot apparu au XIXème siècle dans le Gers. Ce terme, disparu aujourd’hui avec l’apparition des couettes synthétiques, désignait alors le duvet en plume de canard fabriqué dans la région pour passer au chaud les nuits hivernales. L’origine de ce nom pour cet objet est confuse, mais semble provenir des vendeurs de matelas et duvets du marché d’Auch à cette époque, et même du plus célèbre d’entre eux, d’après les recherches historiques qui ont été faites. Ce formidable crieur que fut en effet René Péda, vendeur de literies sur les marchés du Gers, avait pour habitude pour vendre ses duvets en plume de canard de lancer à qui s’approchait un peu près de son étalage: "Venez Madame, venez Monsieur, approchez, n’ayez pas peur, venez tâter un peu ses duvets, ne sont-ils pas chauds, Madame, à votre avis? Monsieur, que ne donnerait votre femme pour dormir sous ce duvet? Car savez-vous ce qui fait sa force et sa chaleur, Madame, ce sont les plumes de canard, oui de canard, Madame, ni jars, ni coton, du canard, Madame… car les plumes de canard sont chaudes, n’est ce pas Monsieur…" (Paroles reportées pas Louis Napoléon, dans son ouvrage "J’m’a bien plu au pays du foie gras"). (Liteub)

Nosocomial : adj. Système arithmétique de mesure imaginé, un soir de beuverie, par l’acteur français Gérard Depardieu pour remplacer le système décimal en vigueur. Selon les vagues informations recueillies au lendemain de cette soirée avinée, le système nosocomial avait pour but de proposer comme unité principale de mesure la longueur du nez du comédien en lieu et place du mètre étalon, et de développer ensuite les bases d’un nouveau concept métrique. La proposition saugrenue de l’un des convives d’imposer, en exhibant son sexe, le pénisocomial comme nouvelle unité de valeur provoqua une bagarre générale qui mit fin à toute tentative de réforme de notre système métrique. (Eric Jonval)

Opisthographe : n. m. Pop. Insulte blessante (verlan de "graphe aux pisses-tôt"). Dans la gradation des offenses verbales populaires, opisthographe se situe entre "fin de race" et "à donf de vetprou" (fond d’éprouvette), c’est-à-dire parmi les injures les plus mortifiantes, puisque relatives aux origines biologiques et au passé génétique de l’injurié. L’allusion au "graphe aux pisses-tôt" est particulièrement cruelle, compte tenu des utilisations historiques de ce terrible instrument médical en vue d’opérer des sélections ethniques (voir déf. encycl. "graphe aux pisses-tôt"). Réponse usuelle: l’imparable "mêmtoua", dont l’origine n’a pas encore été déterminée, mais dont on suppose qu’il s’agit d’une allusion à la divinité égyptienne de l’avortement. (Daniel Metge)

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mercredi 10 juin 2009

De l'origine des grenouilles et
de la grenouille comme origine


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« La poussière naît de la nuit. Elle en a le velouté, l'ombre rose, la délicatesse, l'infini bruissement, l'existence légère et diaphane. Longtemps elle en prit, comme elle, un aspect démoniaque. Car on crut, jusqu'à la fin du XVIIème siècle et même au-delà, à une origine poussièreuse des êtres vivants : c'est le mythe de la génération ex putri. C'est-à-dire qu'il pouvait naître, des excréments mélancoliques et de la putréfaction, toute une série de petits animaux articulés, d'"entomates" repoussants et nuisibles, d'indomptables colonies d'insectes vauriens et d'assassins sans pitié, bref tout un arsenal malfaisant qu'engendraient la corruption des cadavres et les sucs malins du sperme fétide ou du sang corrompu. Et, comme les esprits malins, ces abominables produits des ténèbres, de la corruption et du mal formaient tous une "ordure diabolique". C'est ainsi, selon Giambattista Della Porta (De la magie naturelle, 1589), que la génération des grenouilles se fait de façon merveilleuse "à partir de la poussière et de la pluie putréfiées". Vieille idée que l'on trouve déjà dans L'histoire des animaux d'Aristote et que reprit efficacement à son compte le christianisme médiéval. Ce monde de la génération spontanée flirtait avec le "monde de l'à-peu-près". Mais la poussière et l'à-peu-près ont toujours été les meilleurs amis du monde.
... »
Jean-Luc Hennig - Beauté de la poussière (Editions Fayard, 2001)

A la lecture de cet extrait savoureux, comment ne pas penser à Jean-Pierre Brisset (1837-1919), "Prophète des Grenouilles", Prince des penseurs, génial inventeur de la ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur, grammairien, mais aussi et d'abord pâtissier, militaire et professeur de langues vivantes, ce visionnaire solitaire qui un beau jour s'était donné pour mission de dévoiler la Grande Loi¹ cachée dans la parole, après avoir forgé cette conception de l'évolution humaine pour le moins surprenante :
L'homme descend de la grenouille !

Puisant son inspiration dans les grandes religions, il créa une mythologie qui allait permettre de révéler à tous les origines de l'espèce humaine et du language, et à rebours, sur le devenir-homme des grenouilles...
Au commencement était l’eau - les mers, les rivières, les lacs, les étangs et les marais- où les grenouilles, ancêtres des hommes, vivaient en paix...
Dans La Grammaire logique (1883), ouvrage qui était destiné à résoudre toutes les difficultés linguistiques, et à enseigner par l’analyse de la parole aussi bien la formation des langues que celle du genre humain (calembours, jeux de mots, analyse systématique et insolite des mots), Jean-Pierre Brisset parle ainsi des origines de l'homme :

« [...] Voici donc comment eut lieu la création.
...
La création de Dieu n’est pas l’homme animal, c’est l’homme spirituel qui vit par la puissance de la Parole et la parole a pris son origine chez le bi-archiancêtre, la grenouille, il y a plus d’un million et moins de dix millions d’années. Les grenouilles de nos marais parlent le français, il suffit de les écouter et de connaître l’analyse de la parole pour les comprendre car tout son instinct exprime un même mouvement chez les animaux comme chez les hommes.
...
Tant que la grenouille ne fit qu’être grenouille, son langage ne se développa pas considérablement, mais aussitôt que les sexes commencèrent à s’annoncer, des sensations étranges, impérieuses, obligèrent l’animal à crier à l’aide et au secours, car il ne pouvait se satisfaire lui-même, ni amortir les feux qui le consumaient. »

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Photo © Martine Schnoering

Sur l'origine du language il développe tout un processus qui s'articule sur des jeux d'homophonie, de quoi y perdre son latin (« un de ces infâmes argots ! »)
« Il existe dans la parole de nombreuses Lois, inconnues jusqu'aujourd'hui, dont la plus importante est qu'un son ou une suite de sons identiques, intelligibles et clairs peuvent exprimer des choses différentes, par une modification dans la manière d'écrire ou de comprendre ces noms ou ces mots.
Toutes les idées énoncées avec des sons semblables ont une même origine et se rapportent toutes, dans leur principe, à un même objet. Soit les sons suivants:

Les dents, la bouche.
Les dents la bouchent,
l'aidant la bouche.
L'aide en la bouche.
Laides en la bouche.
Laid dans la bouche.
Lait dans la bouche.
L'est dam le à bouche.
Les dents-là bouche

Si je dis: dents, la bouche, cela n'éveille que des idées bien familières: les dents sont dans la bouche. C'est là bien comprendre le dehors du livre de vie caché dans la parole et scellé de sept sceaux.
Nous allons lire dans ce livre, aujourd'hui ouvert, ce qui était caché sous ces mots: les dents, la bouche.
Les dents bouchent l'entrée de la bouche et la bouche aide et contribue à cette fermeture: Les dents la bouchent, l'aidant la bouche.
Les dents sont l'aide, le soutien en la bouche et elles sont aussi trop souvent laides en la bouche et c'est aussi laid. D'autres fois, c'est un lait: elles sont blanches comme du lait dans la bouche.
... »
(La grande loi ou la clef de la parole, repris dans l'Anthologie de l'humour noir d'André Breton, Editions du Sagittaire, 1940)

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Reste à savoir ce que sont devenues les dents des grenouilles...
L'oeuvre est assurément extravagante. Il n'empêche que ce petit batracien qui appartient à la famille des Anoures est bien un ancêtre de l’homme, et que l'habitat primitif de l'homme (le liquide amniotique) est bel et bien aquatique !
Et il faut reconnaître que l'analyse du language selon Brisset n'est pas si éloignée de l'analyse freudienne de l'interprétation des rêves... Il arrive que les mots soient prononcés sans que l'on en comprenne toujours le sens.
Quant à la grenouille d'Hennig, faite de poussière et de pluie putréfiées, on en revient toujours à l'aphorisme "Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras poussière ..."

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¹Jean-Pierre Brisset - La grande nouvelle, In-folio de 4 pages.
Editions Chamuel - 1900.
 
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