jeudi 26 janvier 2012

Pour ne pas sombrer dans l'oubli


Cliquer pour agrandirL'artiste américaine Lauren DiCioccio explore la beauté physique d'objets banals produits en masse, journaux, magazines, partitions, papiers de bureau ou bloc-notes...

Cliquer pour agrandirCes supports sont en passe de devenir obsolètes, remplacés par l'efficacité des diverses technologies modernes.
Si dans certains cas, cette évolution est une bonne chose - transmission plus rapide et efficience de la diffusion de l'information, rationalisation des systèmes, accessibilité, réduction des déchets-, la disparition progressive de ces objets communs risque cependant de créer une lacune.
Que se passera-t'il lorsqu'il n'y aura plus d'information tactile ? Lorsque le papier journal ne déteindra plus sous nos doigts, lorsque nous n'aurons plus l'occasion d'écrire à la main, ou simplement d'éprouver le grain du papier ?

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Cliquer pour agrandirL'œuvre est fastidieuse et le soin quasi obsessionnel, le but étant de créer des répliques remodelées dans des matières nobles, sorte de rédemption visant à rappeler, au spectateur que nous sommes, ces objets du quotidien, simples et familiers, et de provoquer une certaine nostalgie par leur présence et leur valorisation.
Textes et logos sont brodés à la main.
Les fils semblent couler du dessin, ils prennent vie comme de longs traits d'esquisses.

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lundi 23 janvier 2012

De l'art de la main


Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtreDe la Maigreur à l'élégance des mains, dans une gestuelle infiniment touchante qui me rappelle à Egon Schiele.

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtreDe l'usage modéré de la couleur, esquisses et touches infimes.
Beauté des gestes retenus et fluidité des étoffes, importance accordée au caractère et au corps, à la manière dont il se déplace.



Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtreDessiner pour soi-même, et si le crayon est absent, continuer de tracer des lignes, mentalement, sans relâche.
C'est exigeant, et pour soi-même ce n'est pas toujours une expérience heureuse. C'est un peu comme tomber en amour, mais sans contrepartie.
Dans Marchand du sel, Duchamp écrivait "Ce sont les regardeurs qui font les tableaux".
La création est oeuvre de solitude.

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtreNé en Australie, Howard Tangye a étudié la mode à Rome et à Londres à la St Martins School of Art.
Il a été diplomé de la Parsons school of design de New-York en 1974.
Il est créateur de mode et dessinateur.

vendredi 6 janvier 2012

Surtout ne pas se mouiller


Land submerged!
Sequence:#11
Handcut papercollage - 2007

Land submerged!
Draft design:#2
Handcut papercollage - 2007

Collages de Nikolas Tantsoukes, qui immanquablement m'évoquent ce texte de Prokop Voskovec publié en 1990.
Divagations sublimes et quelque peu kafkaïennes.

«Surtout ne pas se mouiller!»
Prokop Voskovec
Extrait paru dans la revue Autrement, H. S. n° 46 - 1990.
«L'historiographie marxiste officielle, qui depuis plus de quarante ans filtre prudemment la chatoyante richesse des faits historiques, n'a évidemment pas même effleuré le thème des piscines pragoises. Entre autres, sans doute, parce que tout ce qui touche à la nudité du coprs humain sape en fait à la base la vision de l'Histoire fondée sur la théorie des classes, sans parler de l'évidente -et inquiétante- métaphysique de l'élément aquatique.
L'eau est en réalité l'unique élèment qui puisse envelopper le corps dans son ensemble et dans sa totalité. Le directeur de la première écluse pragoise, un certain Horteli Klapanek qui, au siècle dernier, passa ses meilleures années à chercher ce qu'il appelait le contact total -profondément déçu par l'amour où l'étreinte la plus étroite laisse de grandes parties du corps non touchées- a finalement, après avoir avoir testé en vain toutes sortes de matières (des années de travail avec le velours), trouvé l'eau. La maison qu'il s'est fait construire à la prériphérie de Prague, dans la vallée de Sarka, et que le maire a fait détruire après sa mort scandaleuse, pourrait constituer une piscine idéale, que je crois unique dans le monde entier. Le système de contacts total conçu par Klapanek mérite donc quelques mots.
Horteli avait fait fabriquer une valise étanche, de dimmensions correspondant à sa taille moyenne, et chaque fois qu'il éprouvait le désir métaphysique d'un contact total, il remplissait la valise d'eau, s'y laissait enfermer, puis véhiculer jusqu'à sa maison. Là, on introduisait la valise dans un monte-charge spécial qui la hissait jusqu'au grenier servant de réservoir d'où l'on déversait le propriétaire dans une anti-chambre, ou mieux dans une première piscine. Un mystérieux système d'écluses permettait ensuite à Klapanek de couler à son gré de pièce en pièce et d'étage en étage. Les chambres correspondaient à leur usage habituel, toute la différence était dans le fait qu'il s'agissait en même temps de piscines décorées avec goût. Ce qui fit scandale, c'était une piscine souterraine et secrète, conçue comme un caveau de famille. Après la mystérieuse disparition d'une aristocrate bourgeoise et de Klapanek lui-même, on découvrit des tuyaux conduisant au caveau depuis un bassin caché où l'on trouva des restes d'un dissolvant puissant. Klapanek, sans doute, s'était laisé dissoudre avec sa maîtresse, et ils avaient coulé ensemble dans les conduits du tout-à-l'égout municipal. En plus du fait que Klapanek appartient sans conteste à la riche gamme des personnages magiques dont prague regorgeait à l'époque, l'affaire fut exploitée politiquement.
...»

© Nikolas Tantsoukes
#4 - Papercollage on cardboard
b/w and color - 2007

Et plus loin, portraits déconstruits et visages mélancoliques (Stadtleben, Série Orange), entre harmonie et conflit, espérances et déceptions... personnages étranges mais si touchants, et dont on a plutôt l'impression que ce sont eux qui nous regardent... "ça me regarde!"

Des voeux pour 2012


Pollination © R.S. ParkeHarrison

Pour ne pas risquer de formuler des voeux apotropaïques - santé, désenvoûtement, retour de l'être aimé, retour du travail et de la prospérité... -, je vous souhaite tout simplement, à vous qui passez, de rester polis  ;-)

SOYEZ POLIS
Jacques Prévert

Il faut être très poli avec la terre
Et avec le soleil
Il faut les remercier le matin en se réveillant
Il faut les remercier pour la chaleur
Pour les arbres
Pour les fruits
Pour tout ce qui est bon à manger
Pour tout ce qui est beau à regarder
A toucher
Il faut les remercier
Il ne faut pas les embêter...
Les critiquer
Ils savent ce qu'ils ont à faire
Le soleil et la terre
Alors il faut les laisser faire
Ou bien ils sont capables de se fâcher
Et puis après
On est changé
En courge
En melon d'eau
Ou en pierre à briquet
Et on est bien avancé...

Le soleil est amoureux de la terre
Ça les regarde
C'est leur affaire
Et quand il y a des éclipses
Il n'est pas prudent ni discret de les regarder
Au travers de sales petits morceaux de verre fumé
Ils se disputent
C'est des histoires personnelles
Mieux vaut ne pas s'en mêler
Parce que
Si on s'en mêle on risque d'être changé
En pomme de terre gelée
Ou en fer à friser

Le Soleil aime la terre
La terre aime le soleil
Et elle tourne
Pour se faire admirer
Et le soleil la trouve belle
Et il brille sur elle
Et quand il est fatigué
Il va se coucher
Et la lune se lève
La lune c'est l'ancienne amoureuse du soleil
Mais elle a été jalouse
Et elle a été punie
Elle est devenue toute froide
Et elle sort seulement la nuit
Il faut aussi être très poli avec la lune
Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou
Et elle peut aussi
Si elle veut
Vous changer en bonhomme de neige
En réverbère
Ou en bougie

En somme pour résumer
Deux points, ouvrez les guillemets :

« Il faut que tout le monde soit poli avec le monde ou alors il y a des guerres ... des épidémies des tremblements de terre
des paquets de mer des coups de fusil ...
Et de grosses méchantes fourmis rouges qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu'on dort la nuit.
»


Kingdom © R.S. ParkeHarrison

Les photographies de Robert et Shana ParkeHarrison racontent des histoires de perte, de lutte de l'homme, d'exploration personnelle au sein de paysages défigurés par la technologie et la consommation excessive.... vision onirique d’une humanité perdue.
Leurs images sont le fruit d'une longue préparation.
«Nous commençons une série en mettant longuement à plat nos intentions, ce que nous voulons exprimer et les scènes que nous souhaitons créer. Nous effectuons ensuite des dessins assez précis, à partir de là nous créons les accessoires et développons les idées, nous commençons à expérimenter en photographiant tout cela, jusqu’à ce que nous obtenions l’image désirée.
Il faut un mois pour réaliser chaque image, une année pour une série entière.
Notre démarche est avant tout picturale, mais nous utilisons les techniques et le matériel propres à la photographie noir et blanc. Nous altérons ensuite nos images par des procédés personnels, avant de repeindre directement par-dessus


Robert se pose comme acteur de ses propres images, le personnage solitaire au costume noir c'est lui, Shana appuie sur le déclencheur.
Il se représente à la fois comme un inventeur, un scientifique, un gardien et un idiot qui s'efforce de façon métaphorique et poétique de lier actions laborieuses, rites idiosyncratiques et machines invraissemblables, et par là même propose l'idée que l’artiste est, de par sa vision du monde, un travailleur, indispensable et acharné certes, mais dont le rêve éveillé constitue une sorte de remède fantastique et halluciné à notre réalité post-industrielle ravagée par le dérèglement global.


Suspension © R.S. ParkeHarrison

The Clearing © R.S. ParkeHarrison

The Sower © R.S. ParkeHarrison

The Architect's Brother - Robert & Shana ParkeHarrison.
Twin Palms Publishers - 2000.

Merci à Gérard pour cette belle découverte.

mercredi 3 août 2011

Voyage estival entre terre et mer


Au milieu des turpitudes météorologiques d'un mois de juillet plutôt morose, la baie de l'Authie noyée dans les plantes halophiles,

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtrespartines et salicornes, arroches pourpières, lilas de mer, puccinelles et oreilles de cochon...

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(cliquer sur les photos pour une meilleure lisibilité)

Beaucoup plus bas et amorçant la Normandie, tel un écran démesuré, réfléchissant à la perfection la lumière de l'occident, la falaise d'Ault vue depuis le Bois de Cise.

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Après la Côte d'Opale et son temps souvent gris uniforme et plus que mouillé, après avoir vainement couru après les merveilleux nuages admirés naguère, c'est finalement de retour dans l'est que l'on aura la chance d'un ciel comme celui-ci...

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtreUn ciel comme une forêt, sombre et ouvert sur la lumière...

vendredi 1 juillet 2011

Une vie de chien


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« Jacques demanda à son maître s’il n’avait pas remarqué que, quelle que fût la misère des petites gens, n’ayant pas de pain pour eux, ils avaient tous des chiens ; s’il n’avait pas remarqué que ces chiens, étant tous instruits à faire des tours, à marcher à deux pattes, à danser, à rapporter, à sauter pour le roi, pour la reine, à faire le mort, cette éducation les avait rendus les plus malheureuses bêtes du monde. D’où il conclut que tout homme voulait commander à un autre ; et que l’animal se trouvant dans la société immédiatement au-dessous de la classe des derniers citoyens commandés par toutes les autres classes, ils prenaient un animal pour commander aussi à quelqu’un. Eh bien ! dit Jacques, chacun a son chien. Le ministre est le chien du roi, le premier commis est le chien du ministre, la femme est le chien du mari, ou le mari le chien de la femme ; Favori est le chien de celle-ci, et Thibaud est le chien de l’homme du coin. Lorsque mon maître me fait parler quand je voudrais me taire, ce qui, à la vérité, m’arrive rarement, continua Jacques ; lorsqu’il me fait taire lorsque je voudrais parler, ce qui est très difficile ; lorsqu’il me demande l’histoire de mes amours et qu’il l’interrompt : que suis-je autre chose que son chien ? les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes. »
DIDEROT, Jacques le Fataliste et son maître.

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Chiens de petite taille à vendre... la portée fut nombreuse.
Lainage pour les fraîches soirées d'hiver mais pouvant facilement s'adapter à toutes les saisons, incrustations en peaux d'emprunt et ligatures bariolées, le tout généreusement molletoné et doublé de cotonnade -assortie ou pas-, avec petite poche interne pour les maniaques du rangement.
Onze centimètres par quinze, pas plus.
Les amateurs sont invités à se manifester auprès de l'Animalière de Service qui tient sa permanence dans la colonne de droite, dans la rubrique "signaux de fumée".

mardi 28 juin 2011

Montre-toi !


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TEMPS, subst. masc. :
Milieu indéfini et homogène dans lequel se situent les êtres et les choses et qui est caractérisé par sa double nature, à la fois continuité et succession.
Absol. Durée indéterminée et continue. Le temps passe et court. C'est une ruine magnifique et qui bravera le temps et les hommes pendant bien des siècles encore (Georges Sand, Histoire de ma vie - 1855)
Montres perpétuelles à porter en sautoir, ne nécessitant aucun réglage, donnant l'heure dans le monde, la date et les phases de la lune. D'aucuns prétendent qu'elles donnent aussi la météo marine, mais les études scientifiques récentes ne l'ont pas encore démontré avec certitude.
Avec elles le rêve est permis, les rendez-vous manqués ne sont plus qu'un lointain souvenir et le stress quotidien se transforme en partie de plaisir.
D'après une rumeur non vérifiée, elles auraient également la faculté d'empêcher de vieillir...
Sans garantie.

Issues de la collection "De la Course des Nuages", chacune est une pièce unique, en lin ou coton, parfois les deux. Brodées à l'aiguille au point de feston -appelé également point de boutonnière-, certaines sont dorées à la cire, d'autres sont brodées de minuscules perles authentiques en verre ciré, ou métalliques façon bronze vieilli, toutes sont munies d'un fermoir assorti.

Chacune d'entre elles dort au fond d'une petite boîte en fer blanc, patiemment décorée façon enthomologiste (impression sur papier de soie -ça va de soi- et marouflage), et ne demande qu'à être adoptée en échange d'une contribution de 38 euros tout ronds.
(Les frais d'expédition sont à convenir)


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Elles sont numérotées pour faciliter le dialogue.
Il suffit d'envoyer un message en cliquant sur les signaux de fumées dans la colonne de droite, ou -encore plus simple- en cliquant ici...

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lundi 27 juin 2011

L'art des trous



"Dans mon imagination, le créateur de l'univers faisait de la dentelle quelque part tout au bout du ciel. Avec un fil si fin qu'il laissait passer la lumière. Le dessin n'existait que dans la tête de son créateur, personne ne pouvait s'en emparer, ni prévoir le motif qui allait suivre. L'aiguille se déplaçait sans arrêt. La dentelle se poursuivait à l'infini, faisait des vagues, ondulait au vent. On ne pouvait s'empêcher de vouloir la prendre pour l'exposer à la lumière. En extase, au bord des larmes, on la caressait de la joue. Et l'on souhaitait pouvoir représenter avec ses propres mots les motifs ajoutés. Un minuscule fragment suffirait, si l'on pouvait le faire sien et le rapporter sur la terre."
Yōko Ogawa, La formule préférée du professeur (Hakase no aishi ta sūshik 2003, Prix Yomiuri 2004 - Actes Sud 2005)


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