vendredi 4 décembre 2009

Son corps léger


Gherasim Luca
Se délecter du Théatre Merz de Kurt Schwitters, de son Ursonate, et passer sans transition à Ghérasim Luca, à lire, dé lire, ânonner, épeler, déchiffer, balbutier, psalmodier, épeler, réciter, bredouiller, chuchoter, déclamer, énoncer, formuler...
Récitals mythiques, héros limite et quart d'heure de culture métaphysique, dans l'entre-deux -et sans chronologie- de La Grammaire logique de Jean-Pierre Brisset, son "Les dents, la bouche. Les dents la bouchent...", et La Petite anatomie de l'inconscient physique de Hans Bellmer, son "Rose au coeur violet".
On fera néanmoins une pause chez Artaud le Mômo, tandis qu'il déclame son chant du Tutuguri...
Ainsi serait ma bibliothèque, à un atlas près.

Quart d’heure de culture métaphysique
Ghérasim Luca - 1973


Allongée sur le vide
bien à plat sur la mort
idées tendues
la mort étendue au-dessus de la tête
la vie tenue de deux mains

Élever ensemble les idées
sans atteindre la verticale
et amener en même temps la vie
devant le vide bien tendu
Marquer un certain temps d’arrêt
et ramener idées et mort à leur position de départ
Ne pas détacher le vide du sol
garder idées et mort tendues

Angoisses écartées
la vie au-dessus de la tête

Fléchir le vide en avant
en faisant une torsion à gauche
pour amener les frissons vers la mort
Revenir à la position de départ
Conserver les angoisses tendues
et rapprocher le plus possible
la vie de la mort

Idées écartées
frissons légèrement en dehors
la vie derrière les idées

Élever les angoisses tendues
au-dessus de la tête
Marquer un léger temps d’arrêt
et ramener la vie à son point de départ
Ne pas baisser les frissons
et conserver le vide très en arrière

Mort écartée
vide en dedans
vie derrière les angoisses

Fléchir la mort vers la gauche
la redresser
et sans arrêt la fléchir vers la droite
Éviter de tourner les frissons
conserver les idées tendues
et la mort dehors

Couchée à plat sur la mort
la vie entre les idées

Détacher l’angoisse du sol en baissant la mort
en tirant les idées en arrière
pour soulever les frissons
Marquer un arrêt court
et revenir à la position de départ
Ne pas détacher la vie de l’angoisse
Garder le vide tendu

Debout
les angoisses jointes
vide tombant en souplesse
de chaque côté de la mort

Sautiller en légèreté sur les frissons
à la façon d’une balle qui rebondit
Laisser les angoisses souples
Ne pas se raidir
toutes les idées décontractées

Vide et mort penchées en avant
angoisses ramenées légèrement fléchies
devant les idées

Respirer profondément dans le vide
en rejetant vide et mort en arrière
En même temps
ouvrir la mort de chaque côté des idées
vie et angoisses en avant
Marquer un temps d’arrêt
aspirer par le vide

Expirer en inspirant
inspirer en expirant

En 1994, un homme se jette dans la Seine. Après son ami Paul Celan. C’est Ghérasim Luca, le surréaliste né en Roumanie qui avait fait du français une langue étrange : la sienne. Une langue orale qu’il lisait lui-même, renversant d’un même verbe l’esprit et le corps. La rage qui le portait conjuguait une inquiétude métaphysique et un jeu, des mots qui glissent, un humour jamais très éloigné des larmes. Pour s’affranchir poétiquement de tous les automatismes sclérosés du sens, Ghérasim Luca a dû jouer avec les structures syntaxiques, faire bégayer la langue, inviter sa voix en incarnation rauque du corps tout entier.

Sa poésie, au départ d’inspiration alchimique et kabbalistique, offre par jeux de mots et balbutiements maîtrisés, l’image d’une humanité indomptable, « passant du dialogue au dé-monologue » et refusant de rester en équilibre « sur volupté et terreur » (Démonologue). Dès l’après-guerre, il rédigea un Manifeste non oedipien qui réclamait la disparition sociale de tous les comportements familiaux, ou de toutes leurs perversions. De Dialectique de la dialectique au Héros Limite , du Quart d’heure de culture métaphysique dans le Chant de la Carpe aux Paralipomènes et au Vampire passif , à La Mort morte, toujours sur le fil, il écrivait : « Comme le funambule à son ombrelle je m’accroche à mon propre déséquilibre. »


Lydia Ben Ytzhak


Son Corps Léger - Ghérasim Luca
(La Fin Du Monde, 1969, In Parallpomenes, Paris)

Près de la glace... abominable miroir de l'hérésiarque d'Uqbar !?
Après, Borges, Ecco, reste Buzzati.

jeudi 3 décembre 2009

Mise en abîme



Vertige...

vendredi 27 novembre 2009

Bibliothèques


Bibliothèque municipale...
Albert Jacquard
J'y passais tous mes instants libres, heureux d'être entouré de ce calme, de ce silence, de cette odeur de papier et d'encaustique, heureux d'avoir accès à toutes les aventures racontées dans les romans, heureux surtout de pénétrer tous les secrets de l'univers dévoilés dans les encyclopédies ; la bibliothèque m'introduisit dans le monde beaucoup plus que le collège ; elle me permettait de trouver quelques réponses aux questions que je me posais et qui avaient pour moi de l'importance ; au collège, il me fallait apprendre les réponses à des questions dont je ne voyais pas l'intérêt, je n'avais guère d'appétit pour la nourriture que m'apportaient les programmes.
Mon utopie
Stock - 2006



Alberto Manguel
On peut reconstituer la vie d'un lecteur d'une infinité de manières : en étudiant l'ordre des livres dans sa bibliothèque, en faisant l'inventaire des ouvrages empilés sur sa table de chevet, en déchiffrant les notes qu'il a griffonnées dans les marges, telles les pistes d'un animal dans la forêt.
La bibliothèque de Robinson
L'écritoire-Leméac - 2000



Michel Serres
Il faut fréquenter les bibliothèques, certes ; il convient, assurément, de se faire savant. Étudiez, travaillez, il en restera toujours quelque chose. Et après ? Pour qu'il existe un après, je veux dire quelque avenir qui dépasse la copie, sortez de la bibliothèque pour courir au grand air ; si vous demeurez dedans, vous n'écrirez jamais que des livres faits de livres. Ce savoir, excellent, concourt à l'instruction, mais celle-ci a pour but autre chose qu'elle-même. Dehors, vous courrez une autre chance.
Le Tiers-Instruit
Folio/essais



Photos tirées de 'Book lovers never go to bed alone',
bibiothèques à la folie >>>
Et vous, elle est comment la vôtre ?

jeudi 26 novembre 2009

Biodiversité

On n'est pas n'importe qui
Quand tu rencontres un arbre dans la rue,
dis-lui bonjour sans attendre qu'il te salue. C'est
distrait, les arbres.
Si c'est un vieux, dis-lui « Monsieur». De toute
façon, appelle-le par son nom: Chêne, Bouleau,
Sapin, Tilleul... Il y sera sensible.
Au besoin aide-le à traverser. Les arbres, ça
n'est pas encore habitué à toutes ces autos.
Même chose avec les fleurs, les oiseaux, les
poissons: appelle-les par leur nom de famille.
On n'est pas n'importe qui ! Si tu veux être tout
à fait gentil, dis « Madame la Rose» à l'églantine;
on oublie un peu trop qu'elle y a droit.
Jean Rousselot
Petits Poèmes pour coeurs pas cuits

Feuilles rousses, feuilles folles, l’automne a fait mourir l’été, après les pelles à nuages et les pelle-mails à lettres mortes, quelques feuilles, illustres ou méconnues, immortalisées par l'objectif de Christoph Niemann.
Intratuisible ou presque...

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Saule - Oreiller
Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Laurel = laurier
Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Alder = aulne
Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre

mercredi 25 novembre 2009

Jo Lawrence


Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
A mi-chemin entre le théatre d'objets et la sculpture, les ustensiles et autres accessoires ré-interprétés et mis en scène par le talent et le savoir-faire de Jo Lawrence évoquent les souvenirs d'enfance, autant sous leurs aspects légers que dans leur part plus sombre.
Brosses et balais brosse, théières applaties, gants ou vieilles bobines, batteurs, cuillers et jambes de poupées, tronçons de mécano, raclettes à papier peint, tamis écrasés, burettes, constituent la structure matérielle de ses personnages, l'utilisation de visages photographiques leur confère cette identité si singulière, suggérant pour chacun d'entre eux un passé et une histoire personnelle implicite.
Dans une scénologie à la fois étrange et ludique, élaborés dans un savant mélange de techniques, ils illustrent un univers singulier où tout n'est pas aussi rose qu'on voudrait le croire.

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Jo Lawrence a débuté sa carrière d'illustratrice free-lance après avoir obtenu son B.A. (Bachelor of Art) en design graphique à l'université de Kingston. Elle a travaillé dans le domaine de la publicité, de l'édition et du packaging, pour des clients aussi divers qu'Olivetti, Saatchi et Saatchi, Rolls Royce ou British Gas..., illustré plusieurs livres pour enfants, des jaquettes de livres pour Serpent’s Tail et Hamlyn, et des éditoriaux pour le Sunday Times, l'Observer et des revues de créateurs.

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
En 2006, en résidence au National Media Museum de Bradford, elle réalise Glow, une animation qui sortira sur les écrans britanniques en novembre 2007. Ce court-métrage est dédié à l'histoire de Grace Fryer, une de ces nombreuses Radium Girls qui ont travaillé au cours des années 1920 à la Radium Dial Factory, une usine de production de cadrans lumineux située dans le New Jersey.
Ces ouvrières peignaient des cadrans d'horloge à la peinture au radium, la plupart sont décédées des suites de leur exposition au rayonnement.


En 2008 Glow a été nomminé pour les British Animation Awards, et au cours de l'année 2008 a été projeté aux festivals d'Annecy, Stuttgart, Zagreb, au Festival du film international de Melbourne et au Festival d'Animation International d'Hiroshima.

Jo Lawrence fait actuellement partie des directeurs d'animation chez Picasso Pictures.

mardi 24 novembre 2009

Lego Spielberg

Un cuir suédé est un cuir dont le côté chair se trouve l'extérieur.
Mais dans le domaine de la vidéo, suédé (ou sweded) se rapporte à des remakes de films célèbres, des court-métrages bricolés avec des moyens rudimentaires -PC, ficelles et bouts de carton- par des amateurs passionnés.
L'expression a été inventée par le cinéaste français Michel Gondry qui a présenté en 2008, en ouverture du Festival de Sundance, Be Kind Rewind (Soyez sympas, rembobinez), dans lequel deux amis s’amusent à réaliser, avec les moyens du bord, des parodies de films célèbres. Parallèlement à la sortie de son film il a organisé, en partenariat avec Dailymotion, un concours de vidéos suédées, réalisées sur le modèle de son film.

La version suédée de Duel* fait partie des vidéos tournées dans le cadre de cette compétition.
Elle réussit l'exploit de faire passer le déroulement de l'action de 1H15 à 5 minutes, tout en restant cohérente. Le montage a été réalisé en 18 heures sur trois jours, avec une petite équipe de seulement trois personnes.
Très efficace, inventif et drôle, un bel intermède récréatif !
Et une jolie chute...


*Duel est un téléfilm américain réalisé par Steven Spielberg, diffusé pour la première fois sur le petit écran en 1971.
C'est un film de suspense mettant en scène un représentant de commerce dont la vie est menacée par un poids lourd : toute l'histoire consiste en une longue course poursuite sur les routes du désert de Californie. L'horreur du film vient en grande partie du fait que l'on ne voit jamais le visage du chauffeur du camion et que l'on ne sait rien de ses motivations.

lundi 23 novembre 2009

Archi pelle


Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Après avoir suivi une formation en soudure, complètée successivement par un BFA (Bachelor's degrees in Fine Art) au Nova Scotia College of Art and Design et un MFA (Master of Fine Arts) au Purchase College de New York, Cal Lane présente depuis 2001 sa production artistique dans nombre d’expositions individuelles et collectives au Canada, aux États-Unis et en Europe.
Aimant travailler en se faisant l'avocat d'un diable visuel, elle utilise la contradiction comme moteur pour trouver sa voie vers une image "empathétique", propre à figurer l'opposition entre équilibres et affrontements, juxtaposant les symboles forts des actuels conflits qui divisent l’Occident et le Moyen-Orient : la crise pétrolière ainsi que les enjeux en découlant et la fin potentielle des énergies fossiles dans un proche avenir, et l’American way of life...
Tout cela se traduit au travers d'une série de dentelles au chalumeau réalisées sur des outils et de vieux supports industriels qu'elle perce de motifs floraux, d’icônes religieuses, voir même de positions du Kâma-Sûtra. Poutrelles, barils de pétrole et réservoirs d’huile, pelles et brouettes, boîtes de conserve, bidons d’essence... prennent une dimmension particulière, associant vie industrielle et vie domestique, se basant sur des rapports antagonistes tels que forts et fin, masculin et féminin, esprit pratique et frivolité, ornementation et fonctionnalité.

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtreCliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Bien que donnant un sens politique à ses oeuvres, ce qui selon Cal Lane est la conséquence de vivre en temps de guerre, celles-ci n'en restent pas moins oniriques et -comme toute oeuvre d'art- détachées du fonctionnel.

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
Inutilisables ? Pourquoi rester confiné dans un objet purement esthétique et symbolique !
Je leur imagine quelques usages pour le moins fantasque...
Indispensables pelles à nuages ou, à l'instar de ces petites pelles à sucre vues chez mes grand-mères, l'instrument idéal pour saupoudrer de neige la nature en hiver.
On les devine parfaites pour ramasser, l'automne venu, de ces guipures façonnées par le vent ou revisitées par les doigts magiques d'une fée de passage...

Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtre
... ou jouer à la pelle et l'ablette, un divertissement qui -outre Madame Leprince de Beaumont- eût séduit Gabriel Lecouvreur soi même, héros incontournable de Ouarzazate et mourir.
Ou encore faire office de pelle-mails, fabuleux et indispensable pour ramasser les lettres mortes.

samedi 21 novembre 2009

Escalier chromatique

La marque Volkswagen a décidé de faire parler d'elle en Suède.
Mettant en avant sa théorie du plaisir, elle a décidé de démontrer qu'en ajoutant quelques éléments ludiques aux objets qui nous entourent, on pouvait changer le comportement des gens.
En octobre dernier, s'associant avec le collectif Rolighetsteorin, elle a lancé une expérience qui avait pour but d'inciter les gens à emprunter les escaliers, plutôt que d'opter pour la solution facile des escalators. Pour cela, les marches d'escalier d'une station de métro ont été transformées en touches géantes de piano, faisant la joie des habitants de Stockholm...

L'utilisation des escaliers a augmenté de plus 66% par rapport à la normale.
 
[]