jeudi 11 juin 2009

Tithi Kutchamuch


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Dans la tradition romaine -qui faisait commencer l'année en mars- chaque mois de l'année était associé à une fleur.

Janvier - Oeillet
Février - Violette
Mars - Jonquille
Avril - Marguerite
Mai - Aubépine
Juin - Rose
Juillet - Tulipe
Août - Pavot
Septembre - Liseron
Octobre - Cosmos
Novembre - Chrysanthème
Décembre - Orchidée

Tithi Kutchamuch, créatrice et designer qui vit à Londres et dont les concepts sont d'une logique formelle et d'une éblouissante simplicité, a créé cette collection de 12 bagues-fleurs en papier, à monter soi-même tout au long de l'année, une pour chaque mois avec la fleur qui lui correspond.
Elles sont imprimées sur du papier 200 gr blanc et texturé, issu d'enveloppes recyclées.
Le design en est très beau, et même si la chose en soi est éphémère, après tout elle dure... ce que durent les roses.

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mercredi 10 juin 2009

De l'origine des grenouilles et
de la grenouille comme origine


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« La poussière naît de la nuit. Elle en a le velouté, l'ombre rose, la délicatesse, l'infini bruissement, l'existence légère et diaphane. Longtemps elle en prit, comme elle, un aspect démoniaque. Car on crut, jusqu'à la fin du XVIIème siècle et même au-delà, à une origine poussièreuse des êtres vivants : c'est le mythe de la génération ex putri. C'est-à-dire qu'il pouvait naître, des excréments mélancoliques et de la putréfaction, toute une série de petits animaux articulés, d'"entomates" repoussants et nuisibles, d'indomptables colonies d'insectes vauriens et d'assassins sans pitié, bref tout un arsenal malfaisant qu'engendraient la corruption des cadavres et les sucs malins du sperme fétide ou du sang corrompu. Et, comme les esprits malins, ces abominables produits des ténèbres, de la corruption et du mal formaient tous une "ordure diabolique". C'est ainsi, selon Giambattista Della Porta (De la magie naturelle, 1589), que la génération des grenouilles se fait de façon merveilleuse "à partir de la poussière et de la pluie putréfiées". Vieille idée que l'on trouve déjà dans L'histoire des animaux d'Aristote et que reprit efficacement à son compte le christianisme médiéval. Ce monde de la génération spontanée flirtait avec le "monde de l'à-peu-près". Mais la poussière et l'à-peu-près ont toujours été les meilleurs amis du monde.
... »
Jean-Luc Hennig - Beauté de la poussière (Editions Fayard, 2001)

A la lecture de cet extrait savoureux, comment ne pas penser à Jean-Pierre Brisset (1837-1919), "Prophète des Grenouilles", Prince des penseurs, génial inventeur de la ceinture-caleçon aérifère de natation à double réservoir compensateur, grammairien, mais aussi et d'abord pâtissier, militaire et professeur de langues vivantes, ce visionnaire solitaire qui un beau jour s'était donné pour mission de dévoiler la Grande Loi¹ cachée dans la parole, après avoir forgé cette conception de l'évolution humaine pour le moins surprenante :
L'homme descend de la grenouille !

Puisant son inspiration dans les grandes religions, il créa une mythologie qui allait permettre de révéler à tous les origines de l'espèce humaine et du language, et à rebours, sur le devenir-homme des grenouilles...
Au commencement était l’eau - les mers, les rivières, les lacs, les étangs et les marais- où les grenouilles, ancêtres des hommes, vivaient en paix...
Dans La Grammaire logique (1883), ouvrage qui était destiné à résoudre toutes les difficultés linguistiques, et à enseigner par l’analyse de la parole aussi bien la formation des langues que celle du genre humain (calembours, jeux de mots, analyse systématique et insolite des mots), Jean-Pierre Brisset parle ainsi des origines de l'homme :

« [...] Voici donc comment eut lieu la création.
...
La création de Dieu n’est pas l’homme animal, c’est l’homme spirituel qui vit par la puissance de la Parole et la parole a pris son origine chez le bi-archiancêtre, la grenouille, il y a plus d’un million et moins de dix millions d’années. Les grenouilles de nos marais parlent le français, il suffit de les écouter et de connaître l’analyse de la parole pour les comprendre car tout son instinct exprime un même mouvement chez les animaux comme chez les hommes.
...
Tant que la grenouille ne fit qu’être grenouille, son langage ne se développa pas considérablement, mais aussitôt que les sexes commencèrent à s’annoncer, des sensations étranges, impérieuses, obligèrent l’animal à crier à l’aide et au secours, car il ne pouvait se satisfaire lui-même, ni amortir les feux qui le consumaient. »

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Photo © Martine Schnoering

Sur l'origine du language il développe tout un processus qui s'articule sur des jeux d'homophonie, de quoi y perdre son latin (« un de ces infâmes argots ! »)
« Il existe dans la parole de nombreuses Lois, inconnues jusqu'aujourd'hui, dont la plus importante est qu'un son ou une suite de sons identiques, intelligibles et clairs peuvent exprimer des choses différentes, par une modification dans la manière d'écrire ou de comprendre ces noms ou ces mots.
Toutes les idées énoncées avec des sons semblables ont une même origine et se rapportent toutes, dans leur principe, à un même objet. Soit les sons suivants:

Les dents, la bouche.
Les dents la bouchent,
l'aidant la bouche.
L'aide en la bouche.
Laides en la bouche.
Laid dans la bouche.
Lait dans la bouche.
L'est dam le à bouche.
Les dents-là bouche

Si je dis: dents, la bouche, cela n'éveille que des idées bien familières: les dents sont dans la bouche. C'est là bien comprendre le dehors du livre de vie caché dans la parole et scellé de sept sceaux.
Nous allons lire dans ce livre, aujourd'hui ouvert, ce qui était caché sous ces mots: les dents, la bouche.
Les dents bouchent l'entrée de la bouche et la bouche aide et contribue à cette fermeture: Les dents la bouchent, l'aidant la bouche.
Les dents sont l'aide, le soutien en la bouche et elles sont aussi trop souvent laides en la bouche et c'est aussi laid. D'autres fois, c'est un lait: elles sont blanches comme du lait dans la bouche.
... »
(La grande loi ou la clef de la parole, repris dans l'Anthologie de l'humour noir d'André Breton, Editions du Sagittaire, 1940)

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Reste à savoir ce que sont devenues les dents des grenouilles...
L'oeuvre est assurément extravagante. Il n'empêche que ce petit batracien qui appartient à la famille des Anoures est bien un ancêtre de l’homme, et que l'habitat primitif de l'homme (le liquide amniotique) est bel et bien aquatique !
Et il faut reconnaître que l'analyse du language selon Brisset n'est pas si éloignée de l'analyse freudienne de l'interprétation des rêves... Il arrive que les mots soient prononcés sans que l'on en comprenne toujours le sens.
Quant à la grenouille d'Hennig, faite de poussière et de pluie putréfiées, on en revient toujours à l'aphorisme "Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras poussière ..."

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¹Jean-Pierre Brisset - La grande nouvelle, In-folio de 4 pages.
Editions Chamuel - 1900.

mardi 9 juin 2009

Walton Ford ou le goût de l'étrange


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Les aquarelles de Walton Ford pourraient passer pour l'oeuvre d'un de ces fameux peintres animaliers ou naturalistes voyageurs du XVIIIème, or il n'en est rien puisqu'il est né... en 1960, à New York.
Très jeune il se passione pour les animaux, et après des études cinématographiques il entame une carrière d'aquarelliste.
Mais plutôt que de se contenter d'une simple représentation descriptive avec ce réalisme brillant et rassurant qui le rapproche sans conteste du style d'Audubon, de John Gould, ou même d'Aloys Zötl, il ajoute à son bestiaire sauvage des détails qui donnent au contenu une atmosphère d'inquiétante étrangeté, quelque peu dérangeante et parfois à la limite du sordide, empreinte d'élans mortifères, où se profile souvent l'imminence de dangers... Une dinde piétinant un petit oiseau, un vol de pigeons enragés s'acharnant sur une branche d'arbre, un paon dont la queue prend feu et sur le dos duquel des corbeaux attendent probablement l'heure du festin, un tigre attaqué par des abeilles...
Le tout forme une alchimie singulière, vibrante d'intensité, mélange inattendu de cruauté et de beauté sauvage dans une sorte de fatalité imperturbable, transportant ainsi le spectateur halluciné dans un monde de rêves et de cauchemars avec une candeur qui ferait douter par moment de sa propre perception et des intentions de l'artiste.

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Ses peintures sont peuplées de buffles, de lions, de singes, de serpents et de toutes sortes de bêtes sauvages, mais il semblerait que Ford soit plus particulièrement attiré par les oiseaux et la primitivité reptilienne.

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dimanche 7 juin 2009

La nouille dans tous ses états


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Pour mettre la nouille à l'honneur -n'en déplaise au regretté Desproges- et célébrer l'un des évènements les plus perceptibles du calendrier, je ne résiste pas à l'envie d'afficher ici quelques oeuvres à vocation populaire en forme d'accumulation archéo-poétique...

Des nouilles ? Encore ?
Mais pour quoi faire ?
Des colliers...

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Pâtes et nouilles de couleurs chez Pic'Nouille

... toujours des colliers,

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Agnès Propeck - “Le collier de la Reine”.
Exposé en juin 2007 à l’occasion de la 5e édition
du Parcours Saint Germain,
«SWEET’ ART ou L’Art de la Gourmandise».

... mais bien d'autres choses encore.

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- Portrait d'une fête chargée d'histoire.
Traditionnellement, la fête des mères se célèbre le dernier dimanche de mai sauf lorsque celui-ci coïncide avec la Pentecôte ; elle est alors reportée au premier dimanche de juin.
Un demi siècle fut nécessaire, en France, pour officialiser cette manifestation.
Dès 1806 Napoléon évoqua la possibilité d'une fête des mères officielle, mais c'est en mai 1920 que le ministre de l'Intérieur instaura la première Journée Nationale des Mères de familles nombreuses, destinée à récompenser ces mères exemplaires qui "travaillaient" au repeuplement de la France.
En avril 1926 eu lieu la première cérémonie officielle, avec remise des médailles de la Famille Française.

Cependant, les premiers germes apparaissent dans les sociétés anciennes. Ainsi dans la Grèce antique, au printemps, éaient organisées des cérémonies en l’honneur de Rhéa, femme de Cronos et mère de tous les dieux.
Dans la mythologie romaine, Rhéa est assimilée à Cybèle, l’aïeule de tous les dieux ; elle est surnommée la déesse des Bérécynthes.
A Rome, justement, jusqu’au Vème siècle avant Jésus-Christ, au mois de juin, étaient célébrées les « Matralia », la fête des femmes et des mères. Rassemblées au temple de Mater Matuta, la « Mère du Matin », les romaines offraient à la déesse des galettes jaunes symbolisant le soleil, puis portaient dans leurs bras les enfants de leurs sœurs et non pas les leurs.
L’émergence de la religion chrétienne fit peu à peu disparaître ces coutumes païennes.

En Grande-Bretagne, entre le XVème et XVIIème siècle, lors du «Mothering Sunday», organisé d’abord au début du carême puis au quatrième dimanche de printemps, les mères qui travaillaient comme domestiques dans les familles fortunées avaient droit à un congé pour retourner à leur domicile et passer cette journée avec leur famille.
Cependant, la véritable origine moderne de la Fête des Mères arrive des Etats-Unis.
En 1872, l’écrivain Julia Ward Howe lance l’idée -à Boston- d’octroyer un jour de l’année aux mères, afin de les célébrer.
Jugée trop originale, l’initiative est assez rapidement abandonnée avant d’être reprise en 1907 par Anna Jarvis, une habitante de Philadelphie. Elle demande aux autorités de Virginie qu’un office religieux en l’honneur de toutes les mères soit organisé chaque second dimanche de mai, date anniversaire de la mort de sa propre mère. Cette fois, la coutume prend son essor, le Président Woodrow Wilson l’officialise en 1914 par un décret, et la fixe de fait au 2ème dimanche de mai.
En 1917, les soldats américains, engagés sur le vieux continent dans la première guerre mondiale, envoient des cartes à leurs mères à l’occasion de la Fête des Mères et exportent ainsi le concept.
En fait, l’idée germe en France depuis quelques années. Dès 1897, l’Alliance Nationale contre la dépopulation suggère de fêter les familles nombreuses. Ainsi, fleurissent quelques « Fêtes des Enfants » où l’on récompense plus l’enfant, fruit de l’union, que la mère qui lui a donné le jour.
En juin 1906, à l’initiative de « l’Union fraternelle des pères de familles méritants » d’Artas, en Isère, se déroule la première célébration des mères avec remise de diplômes et décorations aux plus méritantes.
Le 16 juin 1918, est créée la première « Journée des Mères », à Lyon. Plusieurs familles reçoivent des récompenses, certaines offertes par le Président de la République.
Le 9 mai 1920, dans un contexte de politique nataliste, le ministre de l’Intérieur autorise la première « Journée Nationale des Mères de familles nombreuses ». Une collecte publique est organisée avec succès, dont les fonds récompensent les familles qui repeuplent la France. Cette année-là, des enseignants d’Alsace proposent à leurs élèves de fabriquer un objet et de rédiger un compliment en l’honneur de leur maman.
Le succès grandissant de cette manifestation conduit le gouvernement à décider la mise sur pied, chaque année, de la «Journée des Mères», dont la première cérémonie se tient le 20 avril 1926 avec remise de médailles.
En 1941, le régime de Vichy inscrit la Fête des Mères au calendrier. La nouveauté est qu’on y honore toutes les mères, famille nombreuse ou pas.
Mais le texte de loi instituant la fête des mères ne sera publié qu'en 1950, le 24 mai, signé par le Président de la République Vincent Auriol.


S'ouvre alors une ère nouvelle, celle des colliers de nouilles amoureusement confectionnés par des générations de petits et grands enfants !

- Le Conservatoire des Curiosités, compagnie de théâtre de rue et musée itinérant des patrimoines imaginaires, met en valeur ces petits chef-d'oeuvres de poésie brute que sont les breloques en pâtes alimentaires, grâce aux compétences de l'inénarrable 'conphérencière' Mademoiselle Morot.
"Le cadeau de fête des mères, élément récurrent de « l’art scolaire » et des patrimoines familiaux peut-il encore être considéré comme déclencheur d’imaginaires ? ".
Humour, poésie et décalage.

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Et en guise d'ultime clin d'oeil, deux jolies références un peu divergentes pour parfaire sa culture nouillesque.

- Antigone de la Nouille de Jean-Loup Chiflet, qui loin d'être un collier de nouilles n'en est pas moins rempli de perles, bêtisier de libraires et autre bibliothécaires, où se côtoient joyeusement "Thérèse Ramequin" et "L'archipel du goulash", "Cinzano de Bergerac", "Hamed de chez Kespeare", "Boule de snif" et tant d'autres.

- La confiture de nouilles
(Pierre Dac)

«La confiture de nouilles remonte à une époque fort lointaine; d'après les renseignements qui nous ont été communiqués par le conservateur du musée de la Tonnellerie, c’est le cuisinier de Vercingétorix qui eut, le premier, l'idée de composer ce chef d'œuvre de la gourmandise.

Avant de semer la graine de nouille, les nouilliculteurs préparent longuement le champ nouillifère pour le rendre idoine à la fécondation et versent sur toute sa surface de l'alcool de menthe dans la proportion d'un verre à bordeaux par hectare de superficie ; cette opération, qui est confiée à des spécialistes de l'école de Nouilliculture, est effectuée avec un compte-gouttes.

Après cela, on laisse fermenter la terre pendant toute la durée de la nouvelle lune et, dès l'apparition du premier quartier, on procède alors aux senouilles de la graine de nouilles.

La nouille, encore à l'état brut, est alors soigneusement triée et débarrassée de ses impuretés; après un premier stade, elle est expédiée à l'usine et passée au laminouille, qui va lui donner l’aspect définitif que nous lui connaissons ; le laminouille est une machine extrêmement perfectionnée, qui marche au guignolet-cassiss et qui peut débiter jusqu'à 90 kilomètres de nouilles à l'heure; à la sortie du laminouille, la nouille est automatiquement passée au vernis cellulosique, qui la rend imperméable et souple ; elle est ensuite hachée menu à la hache d'abordage et râpée. Après le râpage, la nouille est alors mise en bouteille, opération très délicate qui demande énormément d'attention ; on met ensuite les bouteilles dans un appareil appelé électronouille, dans lequel passe un courant de 210 volts ; après un séjour de douze heures dans cet appareil, les bouteilles sont sorties et on vide la nouille désormais électrifiée dans un récipient placé lui-même sur un réchaud à haute tension.

On verse alors dans le dit récipient du sel, du sucre, du poivre de Cayenne, du gingembre, de la cannelle, de l'huile, de la pomme de terre pilée, un flacon de magnésie bismurée, du riz, des carottes, des peaux de saucisson, des tomates, du vin blanc et des piments rouges ; on mélange lentement ces 7 ingrédients avec la nouille à l'aide d'une cuillère à pot et on laisse mitonner à petit feu pendant vingt et un jours. La confiture de nouilles est alors virtuellement terminée. Lorsque les vingt et un jours sont écoulés, que la cuisson est parvenue à son point culminant et définitif, on place le récipient dans un placard, afin que la confiture se solidifie et devienne gélatineuse ; quand elle est complètement refroidie, on soulève le récipient très délicatement, avec d'infinies précautions et le maximum de prudence, et on balance le tout par la fenêtre parce que ce n'est pas bon.

Voilà, mesdames et messieurs, l’histoire de la confiture de nouilles ; c'est une industrie dont la prospérité s'accroît d'année en année; elle fait vivre des milliers d'artisans, des ingénieurs, des chimistes, des huissiers et des fabricants de lunettes. Sa réputation est universelle et en bonne ambassadrice elle va porter dans les plus lointaines contrées de l'univers, par-delà les mers océanes, le bon renom de notre industrie républicaine, une et indivisible et démocratique


vendredi 5 juin 2009

Nuage de lait


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«La cuillère tournait dans le café, dispersant en volutes claires le nuage de lait qui y avait été disposé pour former des fractales.
Yves Kramer observait le phénomène et pensa un instant que ce lait dans le café était comme la galaxie dans l'univers. Tout tourne. La planète. Les sentiments. les problèmes. Ce qui est en bas est destiné à monter. Ce qui est en haut est destiné à descendre.
Il se dit aussi que si l'on tournait très longtemps, il y avait peut-être une chance de retrouver le premier nuage de lait d'origine...
»

Le papillon des étoiles
(Bernard Werber)

jeudi 4 juin 2009

Nuage de mouches


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LA MOUCHE
(Raymond Queneau)

Les mouches d'aujourd'hui
ne sont plus les mêmes
que les mouches d'autrefois
elles sont moins gaies
plus lourdes, plus majestueuses, plus graves
plus conscientes de leur rareté
elles se savent menacées de génocide.
Dans mon enfance elles allaient se coller joyeusement
par centaines, par milliers peut-être
sur du papier fait pour les tuer
elles allaient s'enfermer
par centaines, par milliers peut-être
dans des bouteilles de forme spéciale
elles patinaient, piétinaient, trépassaient
par centaines, par milliers peut-être
elles foisonnaient
elles vivaient.
Maintenant elles surveillent leur démarche
les mouches d'aujourd'hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d'autrefois.


LA MOUCHE QUI LOUCHE
(Jean Orizet)

Chaque fois que la mouche qui louche
Veut se poser au plafond
Elle s'y cogne le front
Et prend du plâtre plein la bouche.

Moralité
Pauvres mouches qui louchez
Posez-vous sur le plancher.
Moucheronette

Un petit jeu pour attraper la mouche qui louche... et tester ses nerfs ! Cliquer ici >>>

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Jolie mouche à rayures sur une feuille de rosier rugosa
(Crédit photo : Denlig)

La mouche est un aéronef agile dont les yeux composés sont de véritables joyaux d'optronique et de neuronique intégrées.
Avec leurs 3 000 capteurs, elle se retrouve dotée d'une vision panoramique extraordinaire.
Elle possède «deux gros yeux composés à facettes et peu expressifs au-delà du raisonnable, et une bouche très dure garnie d'un faisceau redoutable de sécateurs baveux dont la vue n'appelle pas le baiser.»
(Pierre Desproges)

Capable de faire un démarrage à 60 kilomètres heure et d'atterrir au plafond la tête en bas, la mouche fait partie de l'honorable famille des diptères (mouches, moustiques, etc.) qui sont des insectes ne possèdant qu'une seule paire d'ailes fonctionnelles, les ailes postérieures s'étant transformées par régression en «balanciers» à rôle sensoriel.

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Mouche-masque, noire et or, Platystoma seminatione,
dont le profil élégant évoque celui d'un masque à gaz...
(Crédit photo : Denlig)

Les mouches sont de grandes ménagères, elles mangent tout ce qui traîne chez nous. Loin de faire la fine bouche, certaines larves sont capables de dévorer un cadavre d’animal alors que d'autres, comme les asticots de la mouche verte, nettoient des plaies d’humains (on les utilise en biochirurgie). C'est ainsi qu'elles remplissent également le rôle d'éboueur.
Dans Foutaises, Raymond Queneau écrit : "Quand on voit des mouches, on peut dire : ça a été des vers. Quand on voit des hommes, on peut dire : ça en sera."
Elles colonisent, mangent et sont mangées. Sans elles, quantité de leurs prédateurs, oiseaux, reptiles, amphibiens, batraciens, poissons... disparaîtraient.
Dans l’Antiquité la mouche était considérée par les Grecs comme fille de Zeus, et dans la mythologie des Indiens Navajos (Amérique centrale), elle est également messagère des dieux.
Il y a 134 000 espèces de mouches recensées actuellement dans le monde, mais il en existe probablement beaucoup d’autres non encore identifiées.
Mouches, moustiques, mouchettes et moucherons représentent à eux seuls entre 15% et 20% des espèces animales vivant sur terre.

La mouche a un corps d'athlète mais des poils partout.
Douée pour la pêche, c'est aussi une remarquable alpiniste, en témoigne cette scéance de préparation gymnique intense, préalable à une sortie en haute montagne.

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(Crédit photo : Daniel Radix)

Libertines dans l'âme et actives le jour, les mouches sont de redoutables séductrices. Très émotives et intuitives, elles sont également possessives et leur vie amoureuse intense les pousse à faire preuve d'une grande coquetterie, d'ailleurs on les utilise parfois en guise de grains de beauté.
Ci-dessous, tentative de séduction en déshabillé de soie kaki taupe foncé, albuginé façon pintade, le look qui fait mouche !

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(Crédit photo : Cecile Bassaglia)

Par contre elles ne sont pas douées pour l'écriture, leurs rares tentatives se sont soldées par un échec, d'où l'expression 'pattes de mouches'.
Elles sont d'un naturel susceptible, ce n'est pas pour rien qu'on dit 'prendre la mouche', et elles aiment à s'occuper de tout et de rien, ce qui a donné la formule 'faire la mouche du coche'.
Mouche de mai, mouche à miel, mouche à feu, mouche de bœuf, mouche de la viande ou du vinaigre, mouche pisseuse, mouche à merde, mouche verte, bleue, dorée ou domestique, mouche tsé-tsé ou mouche piqueuse, mouche à damiers, mouche des pluies, de l’olive, de l’oignon ou de la betterave... elles exercent toutes sortes de métiers, mais on les trouve également dans des professions pour le moins inattendues, il existe en effet des mouches truffières, policières (la police criminelle et le FBI s'en sont fait des auxiliaires pour dater la mort des victimes), migratrices, parasites...
Et contrairement à une idée reçue elles ne sont pas sales, elles s'essuient toujours les mains avant de passer à table.

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Diptères
(Crédit photo : Philippe Blanchot)

Jean-Paul Sartre leur a consacré une pièce de théatre et William Golding un livre qui a été porté à l'écran par Peter Brook, Frédérick Tristan a fait l'apologie de leur dieu dans un roman resté célèbre, tandis qu'une poignée de chanteurs ont célébré leurs vertus dans des arrangements musicaux parfois audacieux.







La mouche, ou Musca (abrév. Mus), est également une constellation -une étoile double en fait- située au Sud de la Croix du Sud.

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mercredi 3 juin 2009

Panser les murs


Cliquer pour agrandir dans une nouvelle fenêtreJan Vormann est un jeune artiste allemand, né a Bamberg en 1983, qui vit et travaille à Berlin.
Avec le collectif 20 Eventi dont il est l'instigateur, il a conçu et lancé un projet insolite baptisé Dispatchwork.

L'idée consiste à réparer des pans de murs avec des briques de Lego.
Implications ludiques dans des murs chargés d’histoire, les trous et les fissures des murs de Berlin sont progressivement comblés à l'aide de ces petites pièces de plastique aux couleurs primaires, avec la participation occasionnelle des passants eux-mêmes.
Sur le plan esthétique et symbolique, le résultat est très touchant.

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«Ces interventions acidulées sont réparties dans l’ensemble de la ville, glissées dans les béances des murs, dans ces blessures pour la plupart laissées par la Seconde Guerre Mondiale.
En certains lieux touristiques de la ville, les passants eux-mêmes ont pu participer à cette reconstruction spontanée et colorée, glissant les petites briques de leur enfance dans ces murs aux plaies encore ouvertes.»


Le projet Dispatchwork a également été mené à Bocchignano en Italie et Tel Aviv en Israël.

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lundi 1 juin 2009

La chasse aux pieds

Pour attraper un joli pied
Gauche ou droit indifférencié

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Peindre d'abord une semelle de bonne pointure
Avec un bel arrondi
Dans de la toile gris souris,
Y tracer de fines rayures,
C'est rassurant
Et beaucoup plus élégant.
Peindre ensuite du bout des doigts
Un joli caparaçon pour abriter les arpions,
De la couleur de l'âme et des passions
Comme un grand baiser maladroit.
Placer ensuite ce rouge baiser
Contre la moelleuse épicarpe rayée,
Faire quelques points avec un pied de biche apprivoisée,
(Ce sont généralement de fort aimables personnes)
Suivre les chemins tracés au carbone,
Et se laisser guider par la courbe dévoilée.
Faire la paire si l'on est gourmand,
Y placer un joli nom charmant
Et attendre... Parfois tout un été.
(A la belle saison les pieds s'en vont nus
Eparpillés par paires dans les prés et les talus)
Ne pas se décourager.
Quand le pied arrive, établir une connivence.
Observer le plus profond silence,
Attendre qu'il se pose et seulement là l'inviter
A se blottir dans le creux du soulier cramoisi.
S'il y reste c'est qu'il est conquis,
L'autre pied s'installera dans la foulée.
S'il repart tout est à refaire,
On misera sur un modèle moins ordinaire.

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